Santé: Non au fluor

Carole Vallières
Le Devoir - Édition du samedi 24 et du dimanche 25 septembre 2005 

Mots clés : Québec (province), santé, fluor

Ainsi, Pierre Bourque, candidat à la mairie de Montréal, veut mettre du fluor dans l'eau de Montréal parce que les enfants pauvres ont des caries et que le fluor réglerait le problème. Il n'a sans doute pas lu cette récente étude qui montre que le fluor accroît le risque de développer le cancer des os chez les jeunes garçons. Il ne se souvient peut-être pas que pour éviter la décoloration permanente des dents, l'Association dentaire canadienne a pris position contre les suppléments de fluor avant que les enfants n'aient des dents permanentes, vers six ou sept ans.

M. Bourque ne sait peut-être pas non plus que des pays européens ont revu à la baisse les normes du fluor, certains bannissant même les suppléments, car les études montraient que cela faisait plus de tort que de bien. Si le fluor est un supplément, comment contrôler la quantité qu'on absorbe en consommant de l'eau ? Quels sont les effets secondaires ? Si, en plus, on utilise cette eau pour faire des boissons commerciales et des aliments préparés, prendre son bain, laver les légumes, etc., comment savoir si la quantité de fluor absorbée entraînera l'apparition -- lente -- de problèmes de santé ? 

Oh ! on a dit, documents à l'appui, que le fluor fait diminuer la carie. C'est pour cette raison que des villes se donnent bonne conscience en fluorant leur eau et qu'on a mis sur le marché des eaux minérales ou des dentifrices fluorés. Mais le débat sur le fluor fait rage depuis que la fluoration de l'eau potable est apparue, après la Deuxième Guerre mondiale. 

Au fil du temps, on a vu apparaître des déformations osseuses, qu'on a attribuées au fluor. C'est là que les débats ont commencé, et on y est encore aujourd'hui. Il est difficile de contrôler toutes les variables, par exemple l'alimentation et l'environnement, et d'isoler le fluor de l'eau pour dire : voilà le responsable de tel ou tel problème de santé. Une fois que le fluor se retrouve dans l'eau, on perd le contrôle de sa consommation. Défaire est plus compliqué que faire ! 

Ainsi, d'un côté, les gens qui ont décidé de fluorer l'eau défendent leur position et les fournisseurs de fluor font leur lobby; de l'autre, les associations contre la fluoration amassent les données, additionnent les problèmes et font des conférences de presse. La dernière en date a eu lieu aux États-Unis, lors de laquelle une coalition formée de 11 syndicats de l'Agence de protection de l'environnement (EPA), représentant plus de 7000 personnes, a affirmé que le fluor est cancérigène et demandé un moratoire sur la fluoration de l'eau (http ://nteu280.org/Issues/Fluoride/flouride.unions.epa.a.2005.htm). 

Comme si ce n'était pas assez, l'école de médecine dentaire de l'université Harvard est au coeur d'un scandale, accusée d'avoir caché des faits montrant que le cancer des os ou les déformations osseuses augmentent avec la consommation de fluor. Il y aura enquête. D'autres études, menées à partir d'expériences faites sur des rats, ont montré que les os cassés se ressoudaient plus difficilement. Le principe de précaution, ça vous dit quelque chose ? 

Le fond du problème, c'est qu'on médicalise trop notre vie. Réagissant récemment à la suggestion de Pierre Bourque, l'éditorialiste du Devoir, Josée Boileau, a parlé de dictature de la santé. J'ajouterais qu'on veut contrôler toutes les incertitudes, simplifier tous les problèmes complexes, médicaliser plutôt qu'éduquer. Et, bien entendu, donner un contrat à une industrie pourvoyeuse de fluor est moins compliqué que le fait de réclamer la réinstauration des visites gratuites chez le dentiste pour les enfants. 

Ce dentiste, mine de rien, en profitait pour passer des messages, nettoyait les dents et donnait une brosse à dents... Il suggérait aussi de protéger les dents en scellant les molaires et proposait peut-être un traitement au fluorure : les quantités de fluor étaient alors contrôlées par un professionnel de la santé. 

Vouloir ajouter du fluor dans l'eau potable, c'est médicaliser au p'tit bonheur la chance. C'est la dictature des médicaments. On vous dit qu'ils vont effacer tous les malaises mais on ne parle jamais avec la même intensité des effets pervers qui accompagnent le soulagement recherché. Et on ne fait jamais état des solutions de rechange en matière de comportements et d'habitudes. 

En effet, demandons-nous ceci : qu'est-ce qui cause la carie ? Pas le manque de fluor, bien sûr. Le sucre, d'abord, l'ennemi des dents, comme disait Passe-Partout. Il y a aussi l'alimentation qui acidifie l'organisme : quelqu'un qui souffre de reflux gastro-oesophagiens se fera dire qu'elle accroît son risque d'avoir des caries. 

Et il y a bien sûr la mauvais hygiène dentaire... On a inventé de petits bidules : un doigt dans un tube plat, de minuscules soies entre deux pôles, un morceau de plastique en forme de crochet, etc. Ce sont des leurres. On croit prendre soin de ses dents et on se retrouve médusé... avec des caries. Frustrant. 

Ainsi se pose un vrai défi aux politiciens : intervenir pour promouvoir la santé et la qualité de vie. Ça donnera d'autres propositions, vous verrez ! 

vallieca@hotmail.com