Action Fluor Québec 

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Le teflon : un nouveau scandale sanitaire ? 
Patricia Thomas, 25 septembre 2005 

Paru dans L'Écologiste n°16 - (p 54-55)


Les fumées de teflon sont mortelles pour les oiseaux en général et les oiseaux domestiques en particulier comme les perruches ou les canaris. A ne pas installer dans votre cuisine si vous avez des poêles en teflon...

DuPont de Nemours savait. Depuis 1981. Et n'a rien dit. A la suite d'une action en justice, il s'est avéré que la célèbre multinationale avait caché des études montrant le danger de l'un de ses produits phares, le teflon. On le croyait inerte et inoffensif. En réalité, des études récentes montrent qu'il dégagerait des polluants parmi les plus dangereux.

Découvert à la fin des années 1930 par un scientifique de la firme DuPont de Nemours, Roy J. Plunkett (1910-1994), le teflon est le nom commercial du polytetrafluoroethylène (PTFE), commercialisé dès 1946. Le teflon a facilité la vie quotidienne. Imperméable à l'eau, à la poussière et à la graisse, cette matière éton-nante s'est retrouvée partout : dans le revêtement des poêles, des ustensiles de cuisine, dans des vêtements et tapis anti-taches, dans l'emballage alimentaire, les lunettes, les verres de contact, l'imperméabilisant Gore-Tex, l'isolation des fils électriques... Très pratique, le revêtement en teflon empêche la nourriture d'attacher au fond des casseroles, facilite le lavage et permet d'utiliser moins de matières grasses. Il est si pratique que personne, pas même la multinationale DuPont de Nemours, son fabricant, ne s'est soucié de s'assurer qu'il était sans danger. 

Les dangers du teflon 

Car le teflon est composé de plusieurs produits toxiques qui peuvent être relâchés dans l'air et dans la nourriture. Plus la température de cuisson est élevée, plus le revêtement se décompose rapidement, en émettant de fines particules et des gaz. Ces émissions s'observent généralement après deux années d'utilisation, et le phénomène peut s'accélérer si vous nettoyez les casseroles avec du détergent abrasif. Les produits chimiques émanant du teflon sont nocifs pour les humains et mortels, même à doses infimes... pour les oiseaux de compagnie. 

Le teflon est un composé complexe d'hydrocarbures perfluorés (PFC). Aujourd'hui, les PFC sont considérés comme dangereux car ils remplissent tous les critères d'un polluant bio-accumulatif : il n'est pas biodégradable, il s'accumule dans le corps humain, chez les animaux, et les tests en laboratoire ont prouvé qu'il était toxique pour les mammifères. 

Même s'il y a 100 PFC connus, deux seulement ont été étudiés. A peine étudié, il s'est avéré que le perfluoro-octane (PFOS) était répandu partout dans l'environnement et dans le corps humain, et qu'il était extrêmement toxique. Il était notamment utilisé dans le produit phare « Scotchguard », un détachant de la multinationale 3M. LEPA a demandé son retrait à 3M en mai 2000. Dans la foulée, l'EPA a étudié un deuxième PFC, l'acide perfluoro-octanoïque (PFOA) qui est un produit de dégradation du teflon. Lui aussi a été retrouvé chez presque tous les êtres humains chez qui on l'a recherché (1) et chez des animaux jusque dans l'océan Arctique et Atlantique. Lui aussi présente une sérieuse toxicité, en cours d'étude, que l'on verra ci-après. 

La dégradation du teflon dans la casserole 

Le moyen le plus rapide de dégrader le teflon, c'est de le chauffer. DuPont assure que ses produits sont stables jusqu'à 315 °C, (2) ce qui serait selon DuPont une température non atteinte lors de la cuisson ordinaire. Or des études indépendantes infirment ce propos. Des produits toxiques ont été émis par le teflon dès 230 °C. Lors de tests effectués par l'association indépendante Environmental Working Group [dont les travaux sont absolument à consulter au sujet du teflon], (3) une poêle avec du teflon dépassait cette température après 2 à 5 minutes d'utilisation normale, atteignant jusqu'à 391 °C en 3 minutes et 20 secondes. Des dégagements de neurotoxines sont également observés. (4) 

Utilisée normalement, une poêle en teflon dégage des particules qui se logent profondément dans les poumons. Mortelles pour les oiseaux, ces particules peuvent provoquer la « fièvre des polymères » selon l'expression consacrée. Il s'agit d'une atteinte de type pseudo-grippal (malaise, frissons fièvre, douleurs thora- ciques, dyspnée, toux). 

Les expérimentations de DuPont sur des humains 

Cette fièvre a d'abord été identifiée chez les travailleurs des usines de DuPont dans les années 1950. Dans un effort pour comprendre, DuPont a tout d'abord mené plusieurs expériences sur des animaux. La plus grande de ces expériences a consisté à exposer douze rats, dit souris, six cochons d'Inde, quatre lapins et un chien à des émanations de teflon pendant six heures. Les animaux étant toujours en vie après ce traitement, DuPont en a tout simplement conclu que les fumées de téflon étaient sans danger. .. et le travail a même été publié dans une revue scientifique. (5) Problème pour- tant, les ouvriers de ses usines continuaient à avoir ce qu'ils appelaient la « tremblote ». Alors les scientifiques de Dupont firent appel à quarante ouvriers « volontaires » et leur demanda... de fumer des cigarettes garnies de teflon ! DuPont en conclut que le teflon était sans danger, tant que l'on ne fumait pas en sa présence - à l'usine, ou dans sa cuisine ! (6) Des journaux médi- caux ont néanmoins continué à faire état de cas de la fièvre des polymères chez les ouvriers (7) et depuis la fin des années 1960 les employés de DuPont doivent porter des masques de protection lorsqu'ils travaillent le teflon au delà de 200 °C. Cependant, les résultats des tests à court térme sont trompeurs.- En effet, comme les PFC sont persistants et bioaccumulatifs, ce sont les effets à long terme non étudiés qui sont les plus graves. 

Nous ne sommes qu'au début des découvertes sur la toxicité du teflon car jusqu'à récemment, lorsque les toxicologues recherchaient des poisons dans l'organisme humain, ils analysaient le sang et la graisse. Mais les PFC s'accumulent dans les organes humains c'est-à-dire le foie, la vésicule biliaire et la thyroïde. 

Toxicité chez l'animal... et chez l'homme 

Chez les primates, l'exposition à un dérivé du teflon, l'acide perfluoro-octanoïque (PFOA), a mené à de « l'hypothyroïdisme » c'est à dire à un sous-développement de la glande thyroïde. (8) Cet effet a aussi été mentionné pour l'homme, avec comme conséquence possibles de l'hypothyroïdie l'obésité, la résistance à l'insuline et le cancer de la thyroïde. Des études montrent que chez certains animaux le PFOA est nocif pour au moins neuf types de cellules qui régulent la fonction immunitaire. (9) Les cellules de la rate et du thymus y sont vulnérables et l'exposition au PFOA réduit les fonctions immunitaires de la souris. (10) Le PFOA a été récemment associé à des augmenta- tions du taux de cholestérol chez les ouvriers travaillant le teflon, comme DuPont lui même le concède. (11) 

Les perfuorés agissent sur le système endocrinien, activant des signaux hormonaux, un déclencheur potentiel de cancer, de stérilité et d'anomalies déve- loppementales. L'exposition aux produits dérivés du teflon pendant la grossesse est particulièrement dange- reuse. A la suite d'une action en justice d'un groupe de citoyens, des données ont été dévoilées en juillet 2004 par l gence américaine de l'environnement (EPA). Elles montrent que DuPont savait depuis 1981 que le PFOA se communique de la mère à l'enfant et peut causer des déformations faciales chez les humains. (12) LEPA a déclenché des poursuites contre DuPont et des négociations sont actuellement en cours sur le montant de l'amende que devra régler DuPont à l'amiable s'il souhaite échapper au procès. Le montant pourrait s'élever à 184 millions de dollars et le chiffre exact devait être connu fin août ou début septembre 2005. 

Les premières victimes : les riverains des usines de teflon 

En 2001, des habitants près d'une usine de DuPont à l'ouest de la Virginie ont intenté un procès contre la compagnie, affirmant qu'elle a sciemment pollué les eaux des rivières près du site. Des recherches demandées par des habitants et effectuées par un professeur de l'université de Californie à Los Angeles, James Dahlgren, ont montré un taux anormalement élevé de cancers de la prostate et des cancers de l'appareil reproductif féminin. Les habitants ont réussi à obtenir les dossiers médicaux de 5 000 ouvriers de DuPont et ont découvert un excès de certains cancers comme le lymphome non hodgkinien, la leucémie et le myélome multiple. En août 2004, la firme a conclu un accord à l'amiable avec les 50 000 personnes habitant près de l'usine, en acceptant de payer 50 millions de dollars aux plaignants et 22 millions pour les frais d'avocats. La firme a également accepté de dépenser 10 millions de dollars pour filtrer ses rejets toxiques contenant du PFOA. Le teflon a été vanté pendant des décennies comme le « meilleur ami de la ménagère ». Pourtant, aucune étude n'a jamais prouvé son innocuité. A l'inverse, de nombreuses études ont montré les dangers sanitaires de ses dérivés chez des mammifères ou chez l'homme, pour lequel il manque cruellement de données. Des associations de consommateurs américaines exigent que les casseroles en teflon portent une inscription avertissant le consommateur. Est -ce bien suffisant ? Selon le principe de précaution, le teflon devrait être retiré des rayons jusqu'à preuve inattaquable de son innocuité. . 

Notes 

(1) D'après l'Environmental protection agency, l'Agence de protection de l'environnement aux Etats-Unis. Voir www.epa.gov/opptintr/pfoalpfoainfo.htm 

(2) www.tef1on.com. le site en anglais de DuPont de Nemours. Consulter également www.dupont.com. site de la firme. 

(3) www.ewg.org, site critique en anglais de l'association du même nom basée à Washington. 

(4) Ellis, DA. Et al., 2001, « Thermolysis of f1uoropolymers as a potential source ofhalogenated organic acids in the environ ment. » , Nature, 412 (6844) : 321-4. 

(5) ClaYton ].W., 1967. « Fluorocarbon toxicity and biologjcal action. » in Fluorine Chemistry Reviews, 1 (2), 197-252. 

(6) Centers for Disease Control and Prevention (CDC), 1987, "Polymer-fume fever associated with cigarette smoking and the use of tetrat1uoroethylene :' MMWR Morb. Mortal. Wkly Rep. 1987 Aug 14 ;36(31) :515-6, 521-2. 

(7) Waritz, RS., 1975. « An industrial approach to evaluation of pyrolysis and combustion hazards. »Environ Health Perspect 11 : 197-202. 

(8) Butenhoff,]. et al., 2002, « Toxicity of Ammonium Perf1uo- rooctanoate in Male Cynomolgus Monkeys after Oral Dosing for 6 Months. », Toxicol Sci 69 (1) : 244-257. 

(9) York, RG, 2002,« Oral (gavage) two-generation (one litter per generation) reproduction study of ammonium perf1uorooctanoate (APFO) in rats. »Rapport établi pour 3M, St. Paul, MN par Argus Research (Horsham, PA). Sponsor's Study No. T-6889.6., US EPA AR226-1092. 

(10) Yang, Q. et al., 2001,« Further evidence for the involvement of inhibition of cell proliferation and development in thymic and splenic atrophy induced by the peroxisome proliferator perf1uo- roctanoic acid in mice. », Biochem Phannacol, 62 (8) : 1133-40. 

(11) Consulter le site www.tef1on.com 

(12) Dossier complet sur www.epa.gov 

Bibliographie 

La cuisson en toute sécurité Pour cuire en toute sécurité on préférera la terre cuite, la fonte et l'émail, ou la cuisine à la vapeur ! Ne nécessitant presque pas d'ajout de matières grasses, la cuisson à la vapeur peut se faire dans des paniers en inox ou en bambou. On s'inspirera d'Aurette Simeon De Robert, 100 recettes saines et légères de cuisine vapeur, Saep, 2005,94 pages.