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 Aucun argument neuf

 

 

 

 

Aucun argument neuf

Publié le 15 septembre 2011
Pierre Jury
Source: Journal Le Droit


L'institut national de santé publique du Québec vient de déposer un rapport favorable à la fluoration de l'eau. Cet avis fait rupture avec plusieurs décisions municipales, dont celle de Gatineau, en mai 2010. La volonté de la population gatinoise, exprimée par un large appui de ses élus municipaux, doit primer sur celle d'un comité impersonnel de Québécois, peut-être des experts dans leur domaine, mais redevable à personne.

La question du fluor dans l'eau a déchaîné des passions au Québec. À la surprise de plusieurs. Lorsque la perspective de la fluoration des eaux municipales a surgi à Gatineau, Québec, Trois-Rivières et ailleurs, nous avons assisté à une levée de boucliers qui a nourri un long et polarisé débat d'arguments en faveur et à l'encontre.

De façon générale, les autorités de santé publique se rangeaient en appui à la fluoration de l'eau. L'opinion publique, quant à elle, était partagée. La majorité silencieuse était courtisée par une poignée de citoyens convaincus et convaincants qui se nourrissaient d'arguments à la crédibilité parfois intercertaine, glanée à gauche et à droite sur Internet. Ils laissaient croire à une menace potentielle à la santé publique, à de puissants lobbies financiers qui tiraient les ficelles du débat public pour vendre du fluor aux municipalités.

Principe de précaution

Le jour de la décision municipale, LeDroit s'est rangé du côté des sceptiques au nom d'un principe : celui de la précaution. À défaut d'être absolument certain que la fluoration de l'eau apporte plus de bienfaits que de désavantages, le conseil municipal de Gatineau devait rejeter le projet porté par l'Agence de la santé et des services sociaux de l'Outaouais. Les élus se sont très majoritairement rangés dans le même sens.

Voici que le débat risque de reprendre à la lumière d'un avis d'un comité d'éthique de l'Institut de la santé publique. On y conclut que les avantages « justifient l'accroc à la liberté de choix » des adversaires à la fluoration. Donc, que la fluoration doit aller de l'avant pour toutes les municipalités de 5000 habitants ou plus.

L'Institut va même plus loin. Il rappelle aux opposants qu'ils peuvent se soustraire à la fluoration par l'achat d'un « filtre de défluoration ». À moins qu'ils ne décident de consommer que l'eau en bouteille.

L'Institut est aussi d'avis que le débat sur la fluoration ne devrait plus être porté au niveau municipal parce que des groupes d'opposants sont « efficaces ». Il recommande ainsi qu'une décision soit prise par Québec. Pour le moment, Québec encourage la fluoration, via le ministère de la Santé, et aide financièrement les municipalités qui vont de l'avant. Mais il n'y a aucune obligation.

Les arguments de prudence que LeDroit avançaient en mai 2010 tiennent encore. Ils n'ont pas été contrés. Le Québec, comme tout le reste du monde, sortait à peine d'une crise majeure de santé publique, celle du virus A (H1N1) et de la vaste campagne de vaccination qui l'a suivi. La population a longtemps été sceptique face à cette initiative encouragée par l'Organisation mondiale de la santé qui suivait de jour en jour la propagation du virus dans le monde.
La planète est aux prises avec de vastes défis de santé publique. Des abeilles meurent par millions sans explication. Les allergies alimentaires frappent des millions de citoyens de l'Occident sans que nous en sachions la cause. Des multinationales se veulent rassurantes quant à l'inocuité des OGM, les organismes génétiquement modifiés. L'utilisation massive d'antibiotiques et d'autres substances dans nos aliments et dans nos médicaments pourrait avoir réduit nos mécanismes naturels de défense.

Les consommateurs demandent à être rassurés. Les stratégies de contournement de l'opposition citoyenne suggérées par l'Institut national de santé publique du Québec ne militent pas en ce sens. Au lieu de se faire rassurant en rappelant des arguments scientifiques, il y va d'un argument juridique entre la liberté de choix et les intérêts collectifs de santé publique.

Tant qu'il restera à ce niveau, le débat ne progressera point.