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Ma position sur la fluoration de l’eau

P. Martin

 

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Ma position sur la fluoration de l’eau

Patrice Martin, conseiller municipal de Gatineau

Texte mis en ligne le 3 mai 2010

« La prudence n’est pas une science; elle est ce qui en tient lieu là où la science fait défaut. » André Comte-Sponville

Depuis plus d’un mois, en plus de lire sur le sujet,  je prends le pouls de ma communauté sur la question de la fluoration de l’eau.  J’en parle aux gens que je rencontre, que je les connaisse ou pas.  J’ai fait parvenir un bulletin de quartier à tous mes électeurs, leur expliquant les enjeux du débat et leur demandant de me faire parvenir leurs commentaires.  J’ai posté le rapport de la Direction de la santé publique sur mon site web.  Je me suis inscrit à Facebook pour y lancer le débat.

Résultat : environ 60 commentaires (sur près de 10 000 électeurs ).  Des commentaires « contre » en grande partie (environ 80%).  Ce n’est pas scientifique, bien sûr.  Comme la démocratie.

Que disent les gens qui m’ont écrit ?  Que « l’eau est une ressource précieuse et qu’il vaut mieux ne pas y ajouter de cochonneries »; que l’État n’a pas « d’affaire dans la bouche des citoyens »; qu’il y a « d’autres façons de combattre la carie dentaire »; que leurs enfants, Gatinois de naissance, « n’ont pas eu de carie même sans fluor dans l’eau »; que si nous mettons du chlore « j’achèterai de l’eau en bouteille »; que « la santé est de juridiction provinciale ».

Une minorité m’a aussi dit que le fluor est efficace; qu’Ottawa « en met dans son eau depuis longtemps et qu’ils ne sont pas plus malades que nous »; que « nous devons le faire pour ceux qui n’ont pas les moyens de prendre soin de leurs enfants »; que ceux qui sont contre « ne comprennent pas ».

Que faire, donc ?

Ceux qui misent sur la science et seulement sur la science doivent se rappeler que nous vivons dans une démocratie et non pas dans une technocratie.   Que les idées et les opinions, voire les émotions, plus que les vérités scientifiques et techniques sont à la base de nos choix de société.

Or dans un débat comme celui de la fluoration, se retrouvent les grands débats (non résolus) de notre civilisation : doute vs certitude; bien public vs liberté individuelle; objectivité vs subjectivité; éthique de la conviction vs éthique de la responsabilité, etc.

Le principe de prudence est donc de mise car, à mon avis, la science fait défaut dans le débat sur la fluoration.  Elle fait défaut par son incapacité de rassurer et de convaincre non seulement le « citoyen moyen », éduqué ou non, homme ou femme, mais, aussi, le médecin, l’infirmière, voire la dentiste.  Car, en effet, plusieurs de ces professionnels de la santé sont contre la fluoration.

Je n’ai aucune difficulté à « obliger » les gens à recycler, à composter, à épargner des ressources comme l’eau ou l’énergie, mais de forcer quelqu’un qui n’en veut pas à avaler du fluor me rend mal à l’aise.  Il y a là une invasion du corps et un manque de respect des valeurs profondes de la personne qui va beaucoup plus loin que ce pour quoi j’ai été élu.

J’avoue qu’au fil de mes lectures et des conversations, j’ai oscillé dans ma position « personnelle. »  J’avoue aussi que je suis sensible à l’argument selon lequel il faut aider les enfants qui n’ont pas la chance d’avoir des parents capables de leur imposer une hygiène dentaire rigoureuse.

Mais ce que j’ai lu ne m’a pas convaincu que la Santé publique est vraiment allée aux limites de ce qu’elle peut faire en termes de prévention. Parmi toutes les statistiques comparant les villes qui fluorent à celles qui ne le font pas, aucune comparaison des programmes ou des investissements en matière de prévention. Aussi, tant de villes et de pays ne fluorent pas du tout qu’il doit y avoir moyen de contrer la carie sans avoir recours à la fluoration.

De plus, la différence de taux de carie entre l’Outaouais et le reste du Québec soulève le questionnement suivant : que font ces autres régions qui, dans une très large majorité ne fluorent pas leur eau non plus, pour avoir de meilleurs résultats que nous ?  Le fluor ne peut expliquer l’écart !

Sur le plan politique, je crois que la fluoration de l’eau est un changement majeur en termes de politique publique et qu’à ce titre, un tel virage ne peut se faire sans débat.  Je ne parle pas ici d’un débat d’une heure ou deux au Conseil municipal, mais de quelque chose de beaucoup plus large, de plus fondamental.  Le genre de débat qui fait en sorte que la communauté participe, elle aussi.

Mais encore là, je ne suis pas sûr que ce genre de décision médicale appartienne au Conseil municipal.

Nonobstant ce que l’on peut lire ou entendre depuis quelques semaines, je ne crois pas que ce qui est en cause ici soit une lutte épique entre les forces du bien et les forces du mal; entre les disciples d’un produit miraculeux et les vendeurs sans scrupules d’un poison toxique. 

Il s’agit d’un débat plus nuancé, plus complexe.  Il porte sur le bien-fondé d’une politique publique et je persiste à croire que l’on peut être honnête et se retrouver d’un côté ou de l’autre de la question.

Je ne sais pas sur quoi nous voterons (une résolution se modifie au gré d’un débat, sans préavis) mais je peux dire que je n’ai pas l’intention de voter « pour » si la résolution est tout simplement : Que le Conseil municipal accepte de fluorer son eau.  Pour ce qui est du reste, nous verrons où nous mène le débat et quels seront les arguments avancés.