Accueil     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mémoire sur la fluoruration de l'eau

Réseau Environnement

Avril 2012


 

 

''L’association de professionnels en environnement Réseau Environnement juge que les risques encourus par la population, les opérateurs d’usines et l’environnement sont trop importants comparés aux bénéfices pour la santé bucco-dentaire d’une minorité de la population.'' - Mémoire du Réseau Environnement 2012

 

''Pour toutes ces raisons, Réseau Environnement demeure contre la fluoruration de l’eau potable des réseaux de distribution publique. Dans le cas présent, l’association croit qu’il est possible, notamment avec des approches ciblées, de prévenir la carie dentaire sans avoir recours à l’ajout de fluorures dans les eaux de consommation.'' - Mémoire du Réseau Environnement 2012

 

 

 

 


Vous pouvez lire ici des extraits du mémoire de Réseau Environnement de 2012

 

 

Mémoire sur la fluoruration de l'eau

Réseau Environnement - Avril 2012

Source: www.reseau-environnement.com

1 Introduction

La fluoration de l’eau est une mesure qui consiste essentiellement à élever artificiellement le taux de fluorures dans l’eau potable dans l’unique but de prévenir la carie dentaire.

En 1988, l'Association québécoise des techniques de l'eau (AQTE), maintenant connue sous le nom de Réseau Environnement, présenta un mémoire à la Commission permanente du développement communautaire sur le projet de fluoration de l’eau du réseau de distribution de la Ville de Montréal dans lequel il se prononçait contre la fluoruration de l’eau potable. Au milieu des années 2000, face à une résurgence du dossier de la fluoruration dans les municipalités du Québec, Réseau Environnement a décidé de consulter ses membres et la littérature scientifique en vue de mettre à jour sa position. C’est à travers une lettre adressée à ses membres que l’Association a réitéré son opposition à la fluoruration.

En 2012, le dossier de la fluoruration est encore d’actualité au Québec et suscite beaucoup d’interrogations de nos adhérents quant à la gestion du fluor dans les usines de traitement d’eau potable et l’efficacité réelle de cette méthode à prévenir la carie dentaire d’une population n’ayant pas accès aux soins dentaires. Les membres du secteur Eau de Réseau Environnement ont mis en place un comité pour faire le point sur la situation qui prévaut actuellement dans le dossier de la fluoruration. Nous faisons état de ses pratiques dans le monde et au Québec. La question de l’impact de la fluoruration sur la santé dentaire ne faisant pas partie du domaine d’expertise de Réseau Environnement, elle n’a donc pas été traitée dans ce mémoire. L’analyse a été faite considérant que le seul avantage qui est lié à la fluoruration est la prévention de la carie dentaire chez les gens n’ayant pas accès à des soins dentaires adéquats.

Le terme fluoration est plus connu et plus populaire, mais il n’est pas tout à fait juste, car ce sont les fluorures qui sont ajoutés à l’eau et non le fluor. Par conséquent, nous utiliserons le terme fluoruration.

(...)

2.1 Présence du fluor dans le milieu naturel

(...)

Par ses activités anthropiques, l’homme peut augmenter la concentration de fluor de son milieu, entre autres avec des déchets fluorés provenant de la sidérurgie, de l’industrie du verre ou de l’aluminium, ou provoquer des apports diffus au milieu récepteur dûs aux engrais phosphatés, certains insecticides ou encore certains antifongiques (pour la préservation du bois).

Le niveau d’exposition quotidienne aux fluorures varie selon les régions. Dans les populations qui consomment beaucoup de poisson et de thé, l’exposition d’origine alimentaire peut être particulièrement importante (Groupe scientifique sur l’eau, 2004).

(...)

2.4 Historique de la fluoruration’OMS

Au cours des années 1930, le Dr H. Trendley Dean des Instituts américains de la santé a découvert par hasard que les personnes consommant de l’eau fluorurée de façon naturelle avaient moins de caries. Dans les années 40, des études ont démontré que la concentration idéale de fluorures était de 1 mg/l sans causer de pigmentations sur les dents (Rabb-Waytowich, 2009). C’est la ville de Grand Rapids au Michigan qui fut la première au monde à ajouter des fluorures à son eau potable.

Au Canada, Le Dr W.L Hutton, médecin hygiéniste du Bureau de la santé du comté de Brant, a repris les recherches du Dr Trendley Dean dans les années 40. En 1945, Brantford, Ontario est devenue la première ville canadienne à ajuster les concentrations de fluorures de son eau potable. À la ville de Brantford s’est ajoutée la ville voisine de Sarnia dans le cadre d’une étude de cas de 11 ans visant à évaluer les effets de la fluoruration de l’eau potable sur la carie dentaire. Cette étude a démontré une réduction de la gravité des caries dentaires chez les enfants de Brandford de 63 % et une diminution de l’apparition des caries de 35 %. À la suite de cette étude, la fluoruration a été étendue à l’ensemble du pays et, en 2007, 42,6 % de la population avait accès à une eau artificiellement fluorurée (Rabb-Waytowich, 2009).

En 1955, les villes de Pointe-Claire, Acton Vale et Joliette furent les premières villes québécoises à procéder à la fluoruration de l’eau potable. En 1957, les municipalités de Dorval et de l’Île Jésus (maintenant Laval) suivirent, puis la Ville de Québec dans les années 1970. Au cours des dernières années, quelques villes ont abandonné la fluoruration de l’eau (voir Tableau 7) : Québec et Verchères devant l’absence de consensus en ce qui concerne les bénéfices de l’eau potable, et Laval et Sainte-Thérèse pour cause de bris d’équipements. Farnham et Verchères ont également cessé leurs activités de fluoruration dans les dernières années.

Au Québec, la Loi sur la santé publique du Québec prescrit l’inclusion d’actions pour inciter à la fluoruration de l’eau dans le Programme national de santé publique (PNSP). Le PNSP 2003-2012 propose donc la promotion des mesures optimales de fluoruration pour prévenir la carie dentaire. Le Plan d’action de santé dentaire publique (PASDP) 2005-2012 précise quant à lui les actions à mener pour que, d’ici 2012, 50 % de la population du Québec ait accès à de l’eau potable avec une concentration en fluorures optimale.

En 2004, le gouvernement du Québec a fixé, aux fins de l'application de l'article 57 de la Loi sur la santé publique (L.R.Q., c. S-2.2) (ci-dessous), la concentration en fluorures pour prévenir la carie tout en minimisant le risque de fluorose dentaire à 0,7 mg/l. Cette concentration, à laquelle toute station de traitement d'eau potable qui procède à la fluoruration doit se conformer, avait été autrefois établie à 1,2 mg/l. Le changement de concentration vise uniquement à diminuer l’apport total en fluorures provenant de diverses sources, tout en maintenant les effets bénéfiques de la fluoruration comme mesure de prévention de la carie dentaire.

(...)

3 Contexte de la fluoruration de l’eau potable dans le monde

3.1 Fluoruration de l’eau potable dans le monde

À leurs débuts, les importantes et massives campagnes en faveur de la fluoruration de l’eau potable, soutenues par l’Organisation mondiale de la Santé en 1964, ont entrainé une évolution rapide de la fluoration artificielle sur tout le territoire étatsunien, au Canada et dans quelques villes du Québec. En Europe, la situation a été différente puisque la majorité des pays européens ont fait preuve de précaution et ont décidé de ne pas entreprendre la fluoruration de leur eau de consommation. On peut prendre en exemple la France, qui a rejeté la fluoruration de l’eau potable car le niveau d’enrichissement en fluorures proposé pouvait conduire à un dépassement des apports nutritionnels conseillés. De plus, selon les études menées en France, son cumul avec les autres sources de fluorures (boisson, dentifrice, supplémentation médicamenteuse) est susceptible de conduire à un surdosage. Ainsi, la France a interdit la fluoruration artificielle des eaux de consommation et a plutôt opté pour la fluoruration d’environ 8% du sel vendu au détail (MTES, 2008). L’Irlande et l’Angleterre, influencées par les États-Unis, sont les seuls pays européens dont un pourcentage élevé de la population a accès à une eau artificiellement fluorurée (Tableau 3).

Actuellement, les études évaluant l’efficacité de la fluoruration pour prévenir la carie dentaire chez les personnes n’ayant pas accès aux soins bucco-dentaires sont contradictoires. Ainsi, les populations et les gouvernements s’interrogent sur le bien-fondé de la fluoruration massive de l’eau potable dans les réseaux de distribution.

(...)

3.2 La fluoruration de l’eau potable en Europe

98% de l'Europe continentale a rejeté, banni, ou arrêté la fluoruration artificielle de l’eau potable de leur réseau de distribution publique (Hilleman, 1988) en raison des impacts inconnus sur l'environnement et la santé, ainsi que pour des préoccupations juridiques et éthiques.

La France a écarté le choix de la fluoruration des eaux de consommation pour, entre autres, trois raisons :

1. « Le nombre très élevé (environ 20 000) de sources ou de points de prélèvement qui alimentent le réseau de distribution d’eau nécessiterait autant de points de fluoration, ce qui rendrait la mesure très difficile à mettre en œuvre ou alors à un coût extrêmement élevé et irréaliste.

2. Seul environ 1% de l’eau du réseau est utilisée dans l’alimentation, par conséquent la diffusion dans la nature des fluorures contenus dans les 99% restant ne serait pas rationnelle et pourrait avoir des conséquences, non évaluées, sur l’environnement.

3. La consommation d’eau du robinet est extrêmement inégale dans la population de sorte que certains ne bénéficieraient pas du tout de cette prévention alors que d’autres risqueraient de recevoir une dose excessive de fluorures. » (MTES, 2008)

L’l’Irlande est l’État européen qui possède le pourcentage le plus élevé de la population ayant accès à une eau artificiellement fluorée, avec 73 %. Ceci s’explique par une décision du ministère irlandais de la Santé. En effet, l’Irlande a rendu obligatoire la fluoruration de l’eau potable dans toutes les installations publiques dans les années 1960. Pendant de nombreuses années, le fluorure de sodium a été utilisé pour la fluoruration. Comme ce produit causait de nombreux problèmes de santé aux opérateurs d’usines de traitement d’eau potable, il a été remplacé par l’acide fluorosilicique (H2SiF) (Stationery Office, 2002). Avant 2007, les autorités irlandaises avaient fixé la dose de fluorure ajoutée à l’eau potable à 1 mg/l, ce qui entraîna la présence de fluorures à des concentrations très élevées. Le gouvernement décida alors de baisser les doses permises entre 0,6 et 1 mg/l. Certaines associations en Irlande, comme la Fluoride-Free Water, multiplient les campagnes contre la fluoruration de l’eau, mais le gouvernement irlandais ne semble pas vouloir modifier sa politique de fluoruration de l’eau potable (Stationery Office, 2002).6

Les pays européens faisant partie de l’Union européenne sont contraints à ne pas dépasser une concentration maximale de 0,8 mg/l de fluorures dans l’eau potable et 1,5 mg/l dans les eaux naturellement fluorées (Morin et al., 2009). Le Tableau 4 présente un état de la situation des pays européens en ce qui a trait à la fluoruration artificielle de l’eau potable.

(...)

3.3 La fluoruration de l’eau potable aux États-Unis

(...)

Aux États-Unis, il existe de plus en plus d’associations contre la fluoruration de l’eau potable. On observe que, dans un État donné, plus le nombre d’associations se prononçant contre la fluoruration de l’eau potable est important, plus la tendance à la fluoruration artificielle est à la baisse. C’est le cas du New Jersey, où seulement 13,6 % de la population ont accès à une eau artificiellement fluorée (CDC, 2008). Dans cet État, la section locale de l’AWWA s’est positionnée contre la fluoruration obligatoire de l’eau potable par l’État (NJ AWWA, 2005). Cette décision fut basée sur les coûts de revient de la fluoruration et sur son efficacité réelle à prévenir la carie dentaire. L’impact sur l’environnement et la comparaison entre les analyses de risques et les bénéfices de la fluoruration ont aussi motivé cette décision.

(...)

4 Position de Réseau Environnement

4.1 Position antérieure de Réseau Environnement

En 1986, l’AQTE recommandait au gouvernement du Québec de mettre sur pied un comité d’information sur la fluoruration qui rédigerait un document informatif sur l’impact de la fluoruration de l’eau potable sur l’environnement et la santé et qui évaluerait les moyens techniques requis pour l’application et le contrôle d’une telle mesure. L’AQTE recommandait également la mise en place d’un programme de subvention pour la recherche sur l’impact de la fluoruration sur l’environnement et la santé humaine. Finalement, l’AQTE recommandait que, suite à cette démarche, les municipalités consultent ledit document informatif avant de prendre une décision concernant la fluoruration de leurs eaux de consommation (AQTE, 1988).

Ces recommandations faites en 1986 n’ont pas été prises en compte par le gouvernement du Québec de l’époque, ni ultérieurement. En 1988, l’AQTE concluait que peu d’éléments nouveaux avaient été trouvés sur les impacts de la fluoruration de l’eau potable sur l’environnement et la santé. L’AQTE ne remettait pas en question l’intérêt d’utiliser du fluorure pour la prévention de la carie dentaire, mais elle s’opposait plutôt à ce que l’eau potable soit utilisée pour véhiculer les fluorures. Les membres de l’association soulignaient trois éléments pris en compte pour se positionner contre la fluoruration de l’eau potable : les aspects techniques de la fluoruration de l’eau potable, le fait que l’utilisation de ce produit chimique dans les usines de filtration nécessite de prendre des mesures de sécurité spécifique à sa manipulation, et son entreposage, qui constitue un risque potentiel pour les opérateurs d’usines. De plus, l’ajout de fluorures entraîne la modification de la composition de l’eau et de sa corrosivité, alors qu’il est clair pour les membres de l’AQTE que l’eau potable ne doit pas être susceptible de porter atteinte à la santé de la population. Enfin, les fluorures se retrouvent, en bout de ligne, dans l’environnement, ce qui représente un polluant supplémentaire qui s’accumule et s’ajoute à la liste des produits chimiques à prendre en compte. Cette accumulation chimique va à l’encontre de la philosophie du gouvernement, basée davantage sur la prévention et la conservation que sur la dépollution (AQTE, 1988).

En janvier 2010, la ville de Saguenay a étudié la possibilité de fluorurer l’eau potable. Réseau Environnement a envoyé une lettre au maire de la ville pour lui donner son avis d’association de professionnels en environnement pour le dissuader de fluorurer l’eau potable. Les arguments de Réseau Environnement se basent sur les importants coûts de maintenance et d’entretien des usines, la sécurité des opérateurs, des questions d’éthique et l’impact sur l’environnement.

4.2 Position révisée de Réseau Environnement

Les arguments présentés sont sensiblement les mêmes qu’en 1988. Les membres de Réseau Environnement se positionnent contre la fluoruration de l’eau potable pour des questions d’éthique, de problèmes de manipulation et d’entretien dans les usines de filtration, et enfin parce que, puisque seulement

1% de l’eau potable est consommée (Green & Maddaus, 2010), la fluoruration de l’eau potable n’est pas un moyen efficace de véhiculer les fluorures.

4.2.1 Question d’éthique 

L’utilisation de produits fluorurés pour prévenir la carie dentaire chez les personnes n’ayant pas accès aux soins dentaires ne pose pas un problème en soi. Le questionnement éthique survient plutôt du fait que l’eau destinée à la consommation humaine ne devrait être manipulée que dans le seul but de la rendre potable, tel que s’y attendrait naturellement la population desservie. La fluoruration artificielle de l’eau, qui serait imposée à une population entière et ce sans distinction, obligerait tous les citoyens, manquant ou non d’hygiène buccodentaire, à consommer une eau artificiellement fluorurée. Réseau Environnement ne croit pas que l’eau potable des réseaux publics soit le meilleur véhicule pour les fluorures. Par exemple, ce produit pourrait plutôt être distribué aux populations visées sous forme de suppléments fluorurés à ajouter à l’eau de consommation au besoin. Ainsi, la population ciblée serait atteinte sans toucher à la majorité de la population qui n’a pas besoin de suppléments de fluorures. La population québécoise devrait avoir le choix de consommer ou non une eau contenant des fluorures. Le programme proposé par le MSSS impose à la population entière de consommer une eau artificiellement fluorurée R c’est une politique utilitariste. Le gouvernement devrait plutôt réinvestir les fonds du programme de fluoruration de l’eau potable pour créer un programme ciblant uniquement la population concernée par les problèmes de santé bucco-dentaire, et plus spécifiquement les enfants des milieux défavorisés. Ces derniers peuvent facilement être rejoints, par exemple, par le biais des réseaux de garderies et d’écoles.

4.2.2 Sécurité des travailleurs 

4.2.2.1 Maintenance des usines

Les produits fluorurés étant très corrosifs, ils contribuent à la corrosion des pompes de lavage, des pompes à haute pression, ainsi que des parois internes des conduites de réseaux de distribution (AWWA and DVGWTechnologiezentrum Wasser, 1996).

4.2.2.2 Manipulation interne 

Comme tout produit chimique, la manipulation de composés fluorurés nécessite de prendre des mesures de sécurité spécifiques à ce produit. Les opérateurs d’usines doivent suivre une formation pour connaître les régles de sécurité et la manière de manipuler ces produits de façon sécuritaire afin de réduire les risques auxquels ils s’exposent lors du transport et aussi afin de protéger la population en général. Certaines usines devront également effectuer des travaux pour créer un espace pour l’entreposage sécuritaire des produits servant à la fluoruration.

Les fluorures peuvent être injectés sous forme liquide (acide fluorosilicique) ou sous forme solide (silico-fluorure de sodium ou fluorure de sodium). La forme liquide est très corrosive et tout déversement peut entraîner des répercussions

majeures. La forme solide génère des poussières et les opérateurs doivent se revêtir d’équipements de protection individuels afin d’éviter tout contact avec le produit. Les réactions avec certains produits entreposés peuvent créer des vapeurs toxiques et dégager une chaleur importante, augmentant ainsi le risque d’explosion.

Alors que les exploitants remplacent de plus en plus le chlore gazeux par l’hypochlorite de sodium dans les usines de production d’eau potable afin de diminuer les risques, il semble peu judicieux d’ajouter de nouveaux additifs tout aussi dangereux et qui, de surcroît, ne servent pas à rendre l’eau potable.

Finalement, l’acide fluosilicique consomme de l’alcalinité, ce qui nécessite une augmentation de la quantité de chaux à utiliser R l’adoucissement des eaux à la soude élimine également une partie des fluorures. Pour chaque équivalent de fluorure ajouté, un équivalent d’alcalinité est consommé (AWWA & DVGWTechnologiezentrum Wasser, 1996, p. 394) et la quantité de chaux ajoutée à l’eau sera donc augmentée en conséquence. Cette augmentation du dosage de chaux entraîne une augmentation de la demande en chlore et donc une augmentation des coûts de production.

4.2.3 Empreinte écologique

Moins de 1 % de l’eau potable produite est utilisée pour l’alimentation et la consommation humaine (Green & Maddaus, 2010). Cela signifie qu’au moins 99 % de l’eau potable produite est destinée à un usage autre que la consommation et que, par conséquent, 99 % de l’eau traitée pour y ajouter du fluorure ne se destine même pas à entrer en contact avec des dents. Par conséquent, est-ce que cet investissement en vaut le coût ?

Comme aucune étude, à date, ne permet de connaître l’impact réel de ces fluorures sur les écosystèmes, on devrait éviter toute charge polluante supplémentaire si cela n’est pas nécessaire et si les risques n’ont pas été étudiés sérieusement. Ainsi, ajouter un produit chimique à notre eau potable, dont seulement un faible pourcentage est réellement utilisé à des fins de consommation humaine, afin d’atteindre une très petite portion de la population, et ce sans connaître ses impacts sur l’environnement, ne nous apparaît pas être la solution optimale.

Finalement, suite à la fluoruration de l’eau publique, une partie de la population pourrait perdre confiance en l’eau distribuée par leur municipalité, ce qui entraînerait une augmentation de la vente des eaux embouteillées et de tous les problèmes environnementaux et sociaux qui y sont reliés.

5 Conclusion

Mémoire de Réseau Environnement sur la fluoruration de l’eau potable

Ce mémoire est le fruit d’une recherche bibliographique des membres de Réseau Environnement pour mieux connaître le dossier de la fluoruration de l’eau potable, au Québec et ailleurs. Ainsi, l’association actualise sa position contre la fluoruration de l’eau potable en apportant des éléments nouveaux et de récentes données.

En conclusion, bien que la fluoruration de l’eau soit sans doute efficace pour prévenir l’apparition de la carie dentaire des personnes n’ayant pas accès aux soins bucco-dentaires, le problème réside dans l’utilisation de l’ensemble du réseau de distribution d’eau potable pour véhiculer ce produit dans le but de toucher uniquement une minorité de la population. Rappelons ici que seuls 1% de l’eau potable produite se destinent à la consommation et qu’ainsi 99% des efforts consentis à la fluoruration de l’eau potable ne toucheront personne. Par ailleurs, comme les usines de traitement d’eaux usées ne sont pas équipées pour la défluoruration, les rejets de fluorures se retrouvent directement dans l’environnement, dans les cours d’eau en particulier, et leur impact environnemental à long terme n’est pas encore assez documenté. En plus de cela, le fait d’ajouter à l’eau publique des produits chimiques non nécessaires au traitement de l’eau pourrait orienter la population vers une utilisation plus importante de l’eau embouteillée, ce qui pourrait entraîner un rejet plus important de produits non biodégradables dans l’environnement.

Il faut bien évaluer le rapport bénéfices/risques de la fluoruration de l’eau afin de prendre une décision éclairée. L’association de professionnels en environnement Réseau Environnement juge que les risques encourus par la population, les opérateurs d’usines et l’environnement sont trop importants comparés aux bénéfices pour la santé bucco-dentaire d’une minorité de la population. Ce constat est renforcé par le fait qu’il existe d’autres moyens pour atteindre la population visée par la mesure gouvernementale, tels qu’un programme de suivi des enfants à risque avec application de fluorure topique directement sur les dents ou la distribution de compléments fluorurés qui auraient un impact plus ciblé et moins coûteux pour le contribuable et les écosystèmes québécois.

Pour toutes ces raisons, Réseau Environnement demeure contre la fluoruration de l’eau potable des réseaux de distribution publique. Dans le cas présent, l’association croit qu’il est possible, notamment avec des approches ciblées, de prévenir la carie dentaire sans avoir recours à l’ajout de fluorures dans les eaux de consommation.


Téléchargez  le document en entier (document PDF): Cliquez ici.